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Le VCM a toujours eu des participants aux épreuves de randonnées longue distance dont le légendaire et mythique Paris Brest Paris qui se déroule tous les 4 ans.

Cette année au mois d'août trois de nos licenciés y ont participé, terminé et donc obtenu l'homologation à cette épreuve ce qui représente un bel exploit en-soi  ( de volonté, courage et d’endurance). 

Je vous laisse lire deux récits prenants afin de partager, revivre leur vécu et ressenti de leur formidable aventure:

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                   Dossard A202
                   PARIS-BREST-PARIS du 18 au 20 août 2019
    Il est 16h lorsque le départ est donné à Rambouillet de la plus mythique des courses à vélo. Le Paris Brest Paris représente en quelque sorte les Jeux Olympiques des randonneurs cyclistes. Une épreuve organisée tous les quatre ans et qui attire près de 7000 cyclistes venant du monde entier !
Au départ, j'ai du mal à imaginer que je m'élance pour 1222 km ! Placé dans les premiers à partir, j'ai bien cru devoir décaler mon départ suite une crevaison survenue
dans le sas quelques minutes avant le coup du starter...
Me voilà bien parti !
L'allure est vive, environ 35 km/h. J'ai décidé de m'accrocher au groupe au moins jusqu'au premier contrôle situé au km 120. Ensuite l'objectif est de prendre des petits groupes qui roulent un peu moins vite. Je pars en effet en autonomie, mon vélo pèse plus de 15 kg (sacoches à l'avant et à l'arrière), Il m'est par conséquent impossible de rivaliser avec ceux qui bénéficient d'une assistance et qui partent bien plus légers.
J’entame ma première nuit dans un groupe toujours conséquent, mais voilà qu'au km 300 à 3 heures du matin dans la traversée d'un village, je percute un trottoir. La chambre à air avant explose et je me retrouve au sol. Une chute sans gravité mais qui m'oblige à laisser partir le groupe pour réparer. Je prends le temps nécessaire et je relativise en me disant que tout aurait pu s'arrêter ici !
La route est encore longue. Quinze ravitaillements sont répartis sur le parcours. Je m'arrête à chacun d'eux. Les bénévoles sont à nos petits soins et nous encouragent, tout comme les spectateurs qui nous attendent. Certains villages sont décorés et il règne une ambiance de fête. Ces petites pauses font du bien au moral et permettent de sympathiser avec les autres cyclistes et les accompagnateurs.
La première nuit s'achève sans d'autres ennuis. J'ai toujours de bonnes sensations, pas de coup de fatigue ni de douleurs apparentes. Il me reste encore une bonne journée de vélo cap à l'ouest.
Les groupes sont désormais composés de 4 à 5 cyclistes maximum. Le vent et les côtes s'intensifient au fur et mesure que Brest se rapproche. Des averses nous rappellent que nous sommes bien en Bretagne!
Il est 16 h30 lorsque je traverse en fin la rade de Brest. J'ai 45 minutes d'avance sur mon plan de marche, établi pour espérer finir en moins de 55h. Je fais peau neuve à Brest, changement de cuissard, de maillot et des soquettes. Je refais la pression des pneus et j'engloutis un plat de pâtes au poulet. Me voilà prêt pour le chemin du retour!
Je repars avec de bonnes sensations et je suis déterminé à rejoindre Paris sans dormir!  Beaucoup de cyclistes avec qui je roule décident de s'accorder un petit somme.
La nuit refait son apparition et j'ai l'impression d'être seul sur la route. Je me dois d'être très attentif au fléchage pour ne pas m’égarer. Les lumières blanches des autres cyclistes que je croise en direction de Brest me rassurent dans cette nuit froide.
A l'aube, le manque de sommeil se fait ressentir. Je lutte terriblement contre la fatigue! J'aperçois de nombreux cyclistes venant de Paris dormir dans des sas de banques, sur des bancs ou sur le bas côté des routes! Le lever du jour me redonne de la force et fait passer cette grosse fatigue.
Deux jeunes cyclistes à l’entraînement décident de m'accompagner jusqu'au prochain point de contrôle, ça fait du bien enfin de pouvoir discuter sur le vélo !
Paris se trouve encore à 300 km et j'ai toujours environ 30 minutes d'avance sur mon objectif. Avec un léger vent favorable, je me dis que je ne passerai pas une nouvelle nuit dehors!
Avec deux belges et un américain, nous constituons un groupe. Ils m'invitent à boire un café au niveau de leur voiture suiveuse. Après tout, après 45 heures de course, je ne suis plus à 5 minutes près !
J'attaque les trois derniers tronçons après avoir dévoré un nouveau plat de pâtes au poulet ! J'ai la sensation d’avoir besoin de manger en permanence. Du coup je m'arrête dans une boulangerie faire le plein de provisions (pizza et pains aux raisins) que je range dans la sacoche avant. C'est un peu la carotte qui me fera avancer jusqu'au prochain point de contrôle !
Durant cette épreuve, j'ai consommé plus de 35 000 calories !
Dreux, dernier ravitaillement : il reste une petite quarantaine de km. Nous rentrons dans la troisième nuit. La fraîcheur se fait ressentir. J'ai encore à ma grande surprise de bonnes jambes. je décide de rester en compagnie de Jean-Paul, un participant de 63 ans qui boucle son 5ème Paris Brest Paris et qui montre quelques signes de fatigue. En haut des côtes je retourne le chercher pour ne pas le laisser seul. Nous finirons ensemble cette belle aventure sportive et humaine à 22h32. Il me tarde maintenant de retrouver l'hôtel pour dormir et encore dormir !
J'aurai bouclé mon premier PARIS BREST PARIS en 54 h 29 min 01 s !
    Fabien DELPY
   Dossard A202

 

 

Paris Brest Paris 2019 par Nicolas Campan


         La ligne est franchie ce mardi 20 août 2019 à 14h55 dans la cours du Colombier de la Bergerie Nationale et je n’en reviens toujours pas…l’accolade avec Fani et Sylvaine met un terme à 2 j de vélo non stop. C’est un rêve qui se réalise et je peine à mesurer ce que je viens de vivre. C’est une étrange sensation de joie, de soulagement et de fierté. J’ai roulé ce Paris Brest pour mon ami Steeve et je suis sûr de ne pas l’avoir déçu.
Dimanche 18 août, il est 13h15 et je m’habille dans la kangoo pour ce qui restera ma tenue durant ces 2 prochains jours. L’ambiance est pesante, et j’ai du mal à cacher mon stress. Les dernières consignes pour les ravitaillements sont données à Fani et Sylvaine. Nous sommes au point et nous avons essayé de ne rien négliger. Je sais que je peux compter sur elles et qu’elles me seront précieuses pour gagner du temps. Je me présente au sas (ou du moins ce qui va devenir la zone des sas) 1h30 avant le départ. Cela me permet d’être au premier rang. Fabien Delpy ne tarde pas à me rejoindre. Il est prêt lui aussi. Nous sommes totalement opposé…lui est équipé de sacoches avant, arrière et camel back sur le dos et moi presque nu avec mon vélo de couraillon équipé d’une minuscule sacoche de selle ! Le sas est ouvert et je file vers la ligne de départ…je suis en première ligne avec notamment un trio Italien. 16h03 le Speaker nous libère sous les applaudissements des spectateurs. Dès le départ les Italiens prennent les commandes du peloton. Je reste aux avant postes pour éviter les chutes et ça remonte fort par la gauche…Premier constat le vent de face est assez fort. Nous sommes freinés par les motos qui ouvrent la route. Un départ fictif à 35 km/h en quelques sortes. Dès que la voiture ouvreuse s’est éloignée à St Léger en Yveline au km 10 l’allure a vivement accéléré. Le
compteur reste bloqué à 40 km/h ! Un Italien a décidé de prendre les rennes de ce Paris Brest et roule très fort face au vent. Je suis dans sa roue et n’ose même pas pendre un relais. Du coup je redescend vers la 30ième place pour me tenir au chaud. L’ambiance est plutôt bonne mais on sent que les hommes forts veulent se détacher du peloton compact…en vain. Nous alternons des phases calmes et des accélérations violentes. Je retrouve Fabien (qui avait crevé
dans les sas !) et aussi Jean Gualbert Faburel. Nous échangeons un peu mais il faut tenir sa place dans le paquet et se positionner correctement pour éviter de prendre trop de vent. Et sur ce coup là je suis très mal placé et je m’en veut car c’est une erreur de débutant. Je remonte donc vers l’avant lorsque les concurrents les plus remuants tentent une bordure. ça casse derrière et je suis dans le coup. Tout le monde est à bloc, on roule trop vite et nous risquons de le payer plus tard…Finalement nous n’aurons pas de bon de sortie et l’allure se calme.
Nous arrivons à Longny au Perche. Les premières bosses sont avalées correctement peu avant Mortagne je rattrape une dizaine de gars qui avaient pris quelques longueurs d’avance. Fani m’attend devant la grille du contrôle de Mortagne comme nous avions prévu. Je suis aux avant postes et je m’aperçois que personne ne s’arrête. Je change mes bidons et recharge les poches de nourriture puis je m’élance à la poursuite du groupe. Sylvaine m’encourage. Je sais que c’est maintenant qu’il faut faire l’effort. Alors je chasse pendant 3 ou 4 km, je rattrape des gars mais personne ne vient. Je rentre sur le groupe, nous sommes 25, derrière le trou est fait, plus personne ne rentrera. Pour le moment l’allure est modérée dans les bosses…et s’est tant ieux car je sens que je me suis mis dans le rouge. Il faut récupérer au mieux. Je ne prends aucun relais et reste à l’arrière du groupe. Mais cette accalmie ne durera pas et je suis limite dans certains talus. La nuit tombe, je prend soin d’enfiler mon chasuble et d’allumer les éclairages. Personne ne s’arrête, il faut faire cela en roulant. Les motards veillent au grain et rappellent certains participants à l’ordre. Il y a alors un moment de flottement et c’est juste la bonne fenêtre de tir pour s’arrêter se soulager. Je me retrouve avec le Belge Ken Tax qui finira ce Paris Brest parmi les 3 premiers ainsi que 2 Anglais. Cela me permet de rentrer sur le groupe…ouf ça va mieux !
A Villaines la Juhel, les spectateurs nous attendent. Il est 22h40. Ce contrôle est crucial pour rester au contact du groupe. Nous posons les vélos et tout le monde cours pour pointer. Ce n’est pas la cohue car nous sommes moins de 30 et c’est tant mieux. Fani m’attend sous un réverbère et je prend 1 mn pour changer mes bidons et recharger mes poches. Nous repartons les uns après les autres et un Allemand qui roule fort me double rapidement. Je ne prend pas sa roue. Petit à petit ça rentre de l’arrière. Nous sommes 9. Tout le monde participe aux relais et nous finirons par reprendre le quatuor qui ouvre la route. Nous sommes donc 13 dont peut être 2 ou 3 Français. Mon genou droit  commence à tirer…j’y vois une conséquence trop précoce de cette allure rapide. Pour le moment je gère mais cela m’inquiète un peu. Je fais tout de même ma part du boulot et participe à l’effort collectif. Nous arrivons à Fougère vers 1h30. Arrêt toujours aussi rapide. Je prend un verre de Berrocca pour m’aider à passer la nuit.
Je demande à Fani de me préparer un verre de soupe pour le prochain contrôle. Nous repartons à 4 ou 5 et le groupe de 13 se reforme rapidement. Le tronçon est parcouru assez rapidement jusqu’à Tinténiac. Mais je sens que la fatigue s’installe et j’envisage de laisser filer le groupe si mon état ne s’améliore pas. La route est encore longue. Mais ça tiens bon encore jusqu’à Tinténiac. Je m’arrête à la sortie du contrôle avec le belge. Nous repartons avec moins de 2 mn d’arrêt. Sylvaine a garé la kangoo un peu plus loin. Je m’arrête pour boire le verre de soupe…mais je me brûle la gorge ! Nous repartons et un participant nous fait la réflexion que les arrêts sont trop rapide. Certains évoluent sans assistance et pour le moment il n’y a pas de consigne pour gérer les arrêts et repartir groupé. Du coup après le passage de la côte de Bécherel, il accélère violemment et file en tête. Nous le laissons partir mais le rythme s’élève. Je ne peux plus prendre aucun relais. Le genou me fait mal et cette allure trop rapide à raison de mes forces. A St Méand le Grand, je me relève avant d’exploser. Je prend un coup de massue sur la tête. Je suis seul dans le noir, les motards me laissent. J’ai froid et il me reste 45 km avant d’arriver à Loudéac. Je ne suis plus dans le rythme et je me retourne désespérément pour tenter d’apercevoir les phares des randonneurs qui sont derrière et qui vont inévitablement revenir sur moi. Au bout de 15 mn 4 gars du groupe B finissent par me rattraper. Ça roule fort. Je comprendrais plus tard que ce quatuor est constitué de Robert Coquen et Marko Bahlo qui ont terminé premier avec le Belge Ken Tax. Je m’accroche 1 km et…je décroche !!! Enfin le jour se lève, je roupille et je finis par rallier Loudéac. 447 km parcouru en 14h44. Je suis en avance sur mon objectif. Un arrêt de 20 mn s’impose pour se réchauffer et se restaurer. Sylvaine s’occupe de mon genou et déjà au bout de quelques minutes ça va mieux. Les filles sont au top malgré la nuit blanche passée…J’aperçois un groupe de 15 gars qui arrive au contrôle. Il est temps de partir et prendre un peu d’avance si je veux accrocher ce wagon un peu plus loin. Ce réflexe s’avérera primordial pour la suite de la route. Le groupe amoindri me revient dessus dans la bosse de Médréac. C’est Michel Mingant qui mène et ça roule régulier. Nous discutons et il m’explique que Christophe Bocquet a sévèrement chuté au départ et qu’il se trouve 20 mn à l’arrière. Il y a aussi Denis Moran de Challans avec qui j’avais terminé un Bordeaux Madrid. Puis Gilles Malard, bref des gars qui ont déjà bouclé le Paris Brest en moins de 45h. Voilà une occasion en or pour me relancer. Je reste au contact et vois si je peux suivre le rythme. Ça fonctionne je suis à nouveau dans le match, il faut dire que Michel régule la troupe et nous avançons efficacement. Nous arrivons à Carhaix à 10h00. Les filles sont contentes de me voir avec ce groupe. Arrêt de 5 mn. Un Danois et un Anglais repartent rapidement. Nous nous retrouvons à la sortie en direction de Huelgoat. Le long faut plat montant est bien avalé, toujours sous l’impulsion de Michel Mingant. Nous sommes 3 ou 4 à tourner pour faire avancer le groupe. Nous voici maintenant à quelques encablures du Roc Trédudon. C’est toujours un moment important car mis à part 2 ou 3 talus le profil est favorable pour atteindre Brest. Oui mais le vent est bien contraire et le ciel de plus en plus menaçant. Nous prenons une véritable douche aux portes de la Rade et nous sommes séchés quelques minutes plus tard…pas de doute nous sommes bien en Bretagne ! La cité scolaire de Kerichen est en vu. Il est 13h15, nous avons parcouru 612 km en 21h11. Devant cela a explosé, 2 groupes de 4 gars ont pointés environ 30 mn avant notre passage. La pause est encore rapide. Pour le moment je vais bien, mon genou ne me gène presque plus. Je me demande combien de temps je vais tenir. Nous repartons tranquillement de Brest. Ici les stars s’appellent Michel, Gilles, Claude…les Bretons sont chez eux et leurs supporters sont là. Nous grimpons tranquillement après Landernau, direction Sizun puis l’émetteur du Roc Trévezel. Le vent nous pousse. Je croise Fabien avant Sizun. Il à l’air en bonne forme et n’a pas chaumé. Il évolue sans assistance comme nous avions fait sur les brevets et doit donc se débrouiller pour trouver à manger et à boire à chaque contrôle. Nous reprenons des gars dans les toboggans de l’interminable départementale 764. D’un commun accord nous prévoyons un arrêt de 10 mn à Carhaix. Il est 16h24 et nous avons parcouru 700 km en 24h21. Cet arrêt me fait un bien fou. Je peux m’asseoir et manger quelques pâtes succulentes. Je m’assoupi même 1 minutes. Les filles me massent les genoux et les cuisses.
Un Berlinois qui était normalement devant s’arrête à notre niveau et nous demande de l’huile pour sa chaîne. Nous le dépannons. Il m’explique qu’il a raté le contrôle secret de St Nicolas du Pelem et qu’il a été obligé de rebrousser chemin et perdre une 1h pour régulariser sa situation. Quel dommage car s’est un sacré gaillard, son moral semble entamé. Il est temps de repartir sur le tronçon que je juge le plus difficile du parcours. Cette année nous empruntons un itinéraire différent de celui pris à l’aller. Cela évite de se retrouver face à des pelotons sur des petites routes. Les côtes sont bien raides mais je suis dans mon élément. J’essaie toujours de ne pas en faire plus que nécessaire. J’appréhende grandement la seconde nuit et je me pose de plus en plus de questions. Nous arrivons à Loudéac pour 20h00. Nous souhaitons nous arrêter 10 mn. Gilles Malard n’est pas de cet avis et trouve que c’est trop long ! Mais il y a beaucoup de monde au contrôle et il faudra bien un certain temps pour pointer et se ravitailler.

Nous sommes attendus et très applaudis. Le parking à vélo est plein, j’entend du biniou, c’est la fête. J’adore cette ambiance. Je pointe rapidement et quitte le contrôle pour rejoindre les filles à la kangoo. Il faut s’habiller pour la nuit. J’ai mal à la tête mais je ne veux pas prendre de paracétamol de peur que ça accentue mon envie de dormir durant la nuit. Nous repartons et je m’aperçois que j’ai oublié mon carnet de route. Preuve que je commence à bien fatigué.
Demi tour pour le récupérer ce qui me fait rater l’arrêt pipi que nous nous accordons au début de chaque étape. Je prends un peu le large pour m’arrêter tranquillement, les jambes répondent bien. Nous croisons des centaines de randonneurs. Tous nous félicitent. Nous sommes 8, bien groupés et solidaires. Denis Morans imprime un tempo musclé alors que la nuit tombe et la chaussée devient humide. Il a plu récemment. Quelle chance les nuages s’éloignent. J’ai enlevé mes manchettes sous le maillot manches longues et maintenant j’ai froid et je suis incapable de les remettre. J’ai froid mais nous allons monter la cote de Bécherel. Je suis moins à l’aise. Je commence à taper dedans. Tout à coup je reconnais la voix de Francis Touzeau qui demande si je suis dans ce groupe. Je répond ouai ! C’est interminable j’ai froid et enfin nous arrivons à Tinténiac. 870 km, 31h31 de vélo, il est 23h34. J’enfile un maillot de corps manche longue sous mon maillot manche longue. Et je commet deux erreurs : d’une part je ne prend pas de coupe vent et d’autre part je ne prend ni vitamine C ou Berrocca pour lutter contre le sommeil. Heureusement que le tronçon jusqu’à Fougères est court car je tremble sur le vélo. Il doit faire 10 degrés mais la fatigue accentue la sensation de froid. Je commence aussi à m’endormir. Ça y est je suis dans le vif du sujet. Je me répète sans cesse les
mots suivants : tenir, tenir et tenir encore. A cela s’ajoute quelques problèmes gastriques. Nous avons rattrapé encore un randonneur. Ils ne sont plus que 4 devant nous. Notre but n’est pas d’aller les chercher mais de maintenir notre progression tout en restant groupé. C’est notre meilleure carte à jouer pour continuer vers Paris. Je me rend compte que du groupe des 13 que j’ai laissé filer à l’aller avant Loudéac il n’en reste qu’un seul devant. Les autres pour la plupart se sont retrouvés esseulés et ont rapidement du s’arrêter ou baisser l’allure. Nous arrivons à Fougères à 2h04 et je tremble encore comme une feuille. Je mange peu, j’ai le ventre en vrac. Cela me perturbe. J’enfile la veste thermique et les gants longs. Arrêt de 10 mn et le groupe se reforme. Il nous reste 300 km à parcourir. Fougères – Villaines la Juhel est un tronçon que j’adore. En 2007 avec Steeve nous avions partagé une sacrée partie de manivelle avec 2 espagnols. Alors je me porte devant pour imprimer le tempo. Ça va bien 1 heure et puis je commence à m’endormir. Je ne suis pas seul et peux compter sur les collègues. Je discute avec Claude, un jeune randonneur super sympas. J’essaie de parler Anglais et cela me fait travailler les méninges car pas facile vu mon état ! Il faut tenir et lutter contre ce satané sommeil. J’ai des réactions étranges. Je sens que mon vélo se dérobe sous mon corps. Je m’assoupi et commence à faire un écart…ail c’est dur. Michel me dit d’aller rouler devant, de prendre l’air car j’ai tendance à m’isoler derrière pour éviter de faire tomber quelqu’un. Et il en sera ainsi jusqu’à Villaines que nous atteignons au lever du jour à 6h15. Je retrouve les filles pour qui c’est très difficile aussi. Il reste 210 km à parcourir. L’objectif des 50 h est atteignable mais je n’ose pas y penser et reste concentré et tétanisé à l’idée de devoir m’arrêter pour dormir. Tout le monde commence à accuser le coup. Michel roule de travers, Denis à mal aux genoux. Le soleil se lève mais j’ai toujours sommeil. Je frise à nouveau la correctionnelle en m’assoupissant. C’est décidé je vais m’arrêter 10 mn sur un banc pour dormir. Je ne veux pas tomber. Et là c’est Gilles Malard qui trouve les bons mots et me dit lui aussi que je dois discuter et que ça va passer. Ça marche car 15 mn plus tard je n’ai plus sommeil, je refais surface. Il fait chaud maintenant car nous sommes équipés de vêtements d’hiver. Je suis impressionné par Michel Mingant qui roule avec le vélo penché à pratiquement 45 degrés. Comment est ce possible de tenir l’équilibre dans ces conditions. Son
abnégation force mon respect à son égard. La bosse de Mortagne est franchie à 10h00. Je ne trouve pas Fani et suis inquiet. Je perds du temps et ne comprends pas ou elles sont. Une dame me prête son téléphone et j’apprends qu’elles m’attendent à la sortie du contrôle. Je ne suis pas content car le groupe repart et je ne me suis toujours pas ravitaillé. C’est le seul malentendu avec les filles. J’étais énervé alors que jusqu’à présent tous c’était très bien passé.
C’est l’occasion de saluer leur dévouement et leur soutien inconditionnel à mon égard. Un immense MERCI les filles. J’enlève toutes les couches de vêtements qui me tiennent si chaud. Je suis en court, en vraie tenue de cycliste quoi. Maintenant je vais rouler sans me retenir. Effectivement les jambes sont au rendez-vous et je rentre sur le groupe au bout de 15 km.
Avant Longny au Perche je cherche ce fou que mon père a rencontré au même endroit lors des 2 dernières éditions…je ne le verrais pas ! Une petite pincé au cœur car Michel Mingant est resté au contrôle pour trouver un kiné. J’aurais tant souhaité terminer à ses côtés. Nous arrivons vers Dreux. Gilles Malard a du mal. Je reviens le chercher et nous finissons ensemble jusqu’au contrôle. Je suis encore en retard pour repartir avec le groupe de 6 qui se réduit au fur et à mesure. Ça sent l’écurie et chacun fini comme il peut. Il est 13h30 et il ne me reste que 47 km à parcourir. Un bon contre la montre pour finir avant 15h et passer ainsi sous les 47 h… Je file, les filles m’encouragent. Un motard m’escorte et sécurise les carrefours. Je suis à bloc et refais mon retard sur le groupe de 5. J’arrive à les reprendre mais maintenant plus question de traîner. Tout le monde suit alors nous roulons à fond. C’est trop bon, j’ai beaucoup de force et termine sur une bonne note. Ce dernier tronçon sera effectué à 33 km/h de moyenne. Rambouillet est en vu, les pavés de la Bergerie et enfin l’arche de la ligne d’arrivée. Il est 14h58. C’est fini, je viens de boucler mon 5ième Paris Brest en 46h55. Je salue mes compagnons de route et réponds à quelques spectateurs. Je cherche surtout les filles pour les embrasser. Je pense fort à Steeve en regardant sa photo que j’ai collé sur mon cadre, à mes parents qui m’ont offert ce livre sur le Paris Brest quand j’avais 17 ou 18 ans, à mes sœurs, à Chantal, à toute la famille, à tous mes amis qui m’on encouragé et à Fani et nos 3 enfants qui ont subi mes absences durant cette année.
Un grand merci à l’Audax Club Parisien et à l’ensemble des bénévoles des différents contrôles.

Nicolas Campan